Les changements de paradigmes en éducation : une nécessité

Je ne vois pas d'autres choix que de débuter ce billet en dévoilant que je suis un peu une rebelle en éducation, ayant gardé mes garçons à la maison jusqu'à la fin du primaire. Je l'avoue, j'ai toujours été et je suis encore assez critique envers notre système actuel. Je le vois souvent comme désuet et peu adapté, surtout pour celles et ceux qui, comme mes enfants, ont un profil atypique. Cette critique est renforcée par des penseurs modernes comme le regretté Sir Ken Robinson, dont les idées sur les systèmes éducatifs d’une autre époque, basés sur un modèle industriel (Lepri, 2011), résonnent particulièrement avec mes propres observations. 

La nécessité de repenser nos modèles éducatifs n'est pas seulement une question de préférence personnelle, mais une adaptation obligatoire à notre ère actuelle, très numérique, et à la diversité des personnes apprenantes d’aujourd’hui. L'enquête ICOPE 2016 nous montre que nos classes changent. Elles sont de plus en plus hétérogènes, non seulement en termes de besoins, mais aussi de parcours et d'attentes (Bonin et Girard, 2017). Parallèlement, le rapport de recherche du EDUCAUSE Center for Analysis and Research (Gierdowski, 2019) montre qu’une majorité d’étudiantes et d’étudiants préfèrent l'enseignement en présentiel, mais que plusieurs d’entre eux et elles bénéficient et préfèrent la formation en ligne pour sa flexibilité et son accessibilité. Cette transition vers des environnements d'apprentissage plus inclusifs et adaptatifs est une réponse à des besoins particuliers grandissants et des réalités bien variées. 

Dans mon travail de conceptrice pédagogique, je m'efforce de placer la personne apprenante au centre de l'expérience éducative. Je favorise une pédagogie active avec des activités engageantes et pertinentes. Je tente également de penser à ce qu’ils auront entre les mains pour suivre le cours et d’adapter le contenu pour différentes possibilités. Après tout, les technologies, bien utilisées, sont un atout (Papi, 2016). Cela dit, les défis demeurent, surtout dans des projets où l'évaluation traditionnelle et les grilles de correction prédominent. Néanmoins, même dans ces contextes, je cherche à rendre l'apprentissage intéressant et significatif, en aidant du mieux que je le peux les étudiants et étudiantes à ancrer leurs nouvelles compétences dans leur future réalité professionnelle. 

Face à ces défis et opportunités, je reste convaincue que les changements de paradigmes sont une nécessité et qu'ils sont inévitables en éducation. Il faut s’adapter à la réalité d’aujourd’hui… qui est différente à celle de demain! Chaque actrice et acteur du système éducatif, muni de créativité et d'une volonté de voir au-delà des modèles traditionnels, peut contribuer à une évolution significative. Notre but doit être de créer une éducation qui non seulement prépare les personnes étudiantes à un avenir dont on ne connaît pas encore toutes les composantes, mais aussi respecte et valorise leur diversité et individualité. 

Références 
Bonin, S. et Girard, S. (2017). Analyse descriptive des caractéristiques des étudiants. Dans Enquête ICOPE 2016 – Rapport d’enquête, Direction de la recherche institutionnelle, Université du Québec. http://www.uquebec.ca/dri/publications/rapports_de_recherche/rapport_enquete_icope_2016_vf.pdf 

Gierdowski, Dana C. ECAR Study of Undergraduate Students and Information Technology, 2019. Research report. Louisville, CO: ECAR, October 2019. https://library.educause.edu/-/media/files/library/2019/10/studentstudy2019.pdf 

Lepri, J-P. (2011). Du paradigme de l’éducation. Récupéré du site YouTube : https://youtu.be/e1LRrVYb8IE

Papi, C. (2016). De l’évolution du métier d’enseignant à distance. STICEF, 23. http://sticef.univ-lemans.fr/num/vol2016/03-papi-ensaccapp/sticef_2016_NS_papi_03.htm 


Comments

  1. Encore une fois, Marie-Noëlle, nos visions se rejoignent. En effet, nous pensons toutes deux que l’éducation a le devoir de changer. Les enseignant.es doivent ajuster leurs pratiques aux élèves qu’ils ont devant eux. D’ailleurs, la compétence 7 (Tenir compte de l’hétérogénéité des élèves) et la compétence 11 (S’engager activement dans un développement professionnel continu et dans la vie de la profession) du Référentiel de compétences professionnelles: profession enseignante (Ministère de l’Éducation, 2020) indiquent que les enseignant.es devraient mettre à jour leurs pratiques. Par contre, je pense que ce changement de paradigme doit être précédé d’un leadership institutionnel qui fait parfois défaut à plusieurs niveaux politiques (ça, c’était l’éditorial du jour…) Que l’enseignement soit fait en ligne ou en classe, l’élève devrait toujours être au centre des préoccupations. Et si celleux qui sont en classe changent, c’est un non-sens que de rester ancré.e dans des pratiques qui n’ont pas prouvé leur efficacité avec la clientèle actuelle. Si les pratiques actuelles ne font pas réussir le plus grand nombre d’élèves, alors pourquoi persister dans leurs usages? Ça, c’est un combat quotidien…


    Ministère de l’Éducation (2020). Référentiel de compétences professionnelles : profession enseignante. (s. l.). Gouvernement du Québec.
    Repéré à https://cdn-contenu.quebec.ca/cdn-contenu/adm/min/education/publications-adm/devenir-enseignant/referentiel_competences_professionnelles_profession_enseignante.pdf?1606848024

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