Prendre un cours + le mettre en ligne = un cours en ligne !
Travaillant dans la conception de cours en ligne, je peux
souvent constater le potentiel du numérique, mais en même temps, ce n’est pas
parce qu’un cours est en ligne qu’il utilise nécessairement tout le potentiel
disponible. Un cours en ligne, en soi, n’est pas du domaine de l’innovation
pédagogique (du moins, pas en 2024). Au quotidien, je peux travailler sur
différents types de projets de formation à distance. Certains sont de tous
nouveaux cours ou compléments de cours et ils sont réfléchis dès le départ pour
le format « en ligne ». D’autres projets sont des
cours « papier » qui ont été faits il y a
quelques années, donc correspondent encore au programme en vigueur et doivent
être adaptés pour une formule « en
ligne ». Pour ces derniers,
il peut être facile de tomber dans le piège de ne faire qu’une version
numérique du cours original, sans renouveler les pratiques pédagogiques et
adapter le contenu au nouveau format.
Les cours en ligne sur lesquels je travaille doivent être
réfléchis pour une utilisation multimodale ; certaines personnes
apprenantes vont utiliser ces ressources en salle de classe, avec un accès à
une ou un enseignant, d’autres feront le cours entièrement à distance et
finalement, d’autres vont opter pour faire quelques parties en classe, quelques
parties à la maison. Ces cours doivent aussi pouvoir être suivis à la fois sur
un ordinateur que sur un appareil mobile. Le numérique permet de diversifier
les modes de communication et les formats de contenu. Comme le souligne le rapport
Innovating Pedagogy 2023 de Kukulska-Hulme et al., une approche multimodale
peut inclure « différents
modes de communication comme les mots, les images, les sons » (2023), une variété qui
enrichit l’expérience d’apprentissage et soutient l’accessibilité. Une telle
approche prépare les personnes apprenantes au monde professionnel (qui est
généralement multimodal), mais rend aussi les cours plus inclusifs si on permet
aux personnes apprenantes de choisir le mode, selon leurs préférences et
besoins (inspiration CUA).
Du côté des inconvénients, comme mentionné précédemment, il
y a le risque de simplement transformer un cahier en un cours en ligne… ou en y
ajoutant que quelques questionnaires interactifs. Après tout, ce matériel
papier a été créé par des équipes multidisciplinaires qui incluent des experts
de contenu et des pédagogues. Vrai, mais il faut aussi tenir compte d’un rôle
important dans ce contexte ; celui du technopédagogue qui a une expertise
différente de celle du pédagogue. Je pense que le modèle IntersTICES (Viens,
2007 dans Stockless, 2016) pourrait d’ailleurs être un outil intéressant pour
évaluer la valeur ajoutée de la transformation de matériel papier en un cours
en ligne, en s’assurant qu’il enrichit réellement l’apprentissage, au-delà
d’une simple conversion numérique (voir Tableau 1).
Tableau 1 : Indicateurs de valeur ajoutée du modèle IntersTICES de Viens, 2007 dans Stockless, 2016.
Je suis d’avis que le numérique représente une opportunité
de proposer des expériences d’apprentissage plus inclusives et engageantes. Son
utilisation doit cependant être guidée par une approche critique et un souci d’amélioration
pédagogique. Les choix effectués dans l’analyse et la conception pédagogique d’un
cours en ligne sont déterminants pour profiter du potentiel du numérique au
service de l’apprentissage.
Références
Couture, Hugo (2020). Discours, imaginaires et représentations sociales du numérique en éducation : document préparatoire pour le Rapport sur l’état et les besoins de l’éducation 2018-2020, Études et recherches, Québec, Conseil supérieur de l’éducation, 27 p.
Kukulska-Hulme, A., et al. (2023). Innovating Pedagogy 2023: Open University Innovation Report 11. Milton
Keynes: The Open University.
Kukulska-Hulme, A., et al. (2024). Innovating Pedagogy 2024: Open University
Innovation Report 12. Milton Keynes: The Open University.
Stockless, A. (2016). Regards sur l’innovation en éducation avec le
numérique : perspectives et prospectives. Récupéré de https://ena01.uqam.ca/pluginfile.php/7477767/mod_label/intro/Stockless_A_2016_Regards_Innovation_perspectives%20et%20prospectives%20%281%29-2.pdf

Je suis entièrement d'accord avec vous. Un cours en ligne ne doit pas être une simple version numérique d’un cahier, et l’utilisation de la technologie doit être un moyen, non une fin en soi. Le concepteur pédagogique joue un rôle crucial. Pour de nombreux chercheurs comme Siemens (2005), ce rôle est fondamental. Le concepteur pédagogique n’est pas seulement celui qui maîtrise des outils technologiques pour permettre aux étudiants d’utiliser l’ordinateur (Lebrun, M. & Viganò, R. 1995). C’est avant tout quelqu’un qui se réjouit d’enseigner et de partager son savoir.
ReplyDeleteComme le souligne Siemens, un concepteur pédagogique transmet le plaisir d’apprendre en générant des expériences significatives, l’apprentissage collaboratif et des situations d’apprentissage. Il ne prétend pas tout savoir, mais il inspire le désir de poser des questions et de chercher des solutions aux doutes.
En conclusion, avec ce savoir-être et ce savoir-faire, le concepteur pédagogique a de grandes chances de susciter, chez ses apprenants, les sept indicateurs de valeur du modèle IntersTICES de Viens (2007) dans Stockless (2016) ICTES. En utilisant ce modèle, les dynamiques de l'enseignement-apprentissage sont plus riches, actives et peuvent être plus efficaces.
Lebrun, M. & Viganò, R. (1995). De l’« Educational Technology » à la technologie pour l’éducation. Cahiers de la recherche en éducation, 2(2), 267–294. https://doi.org/10.7202/1018205ar
Siemens, G. (2005). Connectivism: A Learning Theory For The Digital Age. International Journal of Instructional Technology and Distance Learning, 2(1), 3-10.
Stockless, A. (2016). Regards sur l’innovation en éducation avec le numérique : perspectives et prospectives. Récupéré de https://ena01.uqam.ca/pluginfile.php/7477767/mod_label/intro/Stockless_A_2016_Regards_Innovation_perspectives%20et%20prospectives%20%281%29-2.pdf