L'humain au cœur de la FAD
Dans un monde où l'enseignement à distance devient de plus en plus présent, il est essentiel de ne pas oublier un élément clé : l'importance des relations humaines. Le livre Qu'est-ce qu'une vie heureuse? de Dr Robert Waldinger et Marc Schulz montre que le bonheur repose avant tout sur la qualité des relations que nous entretenons. Appliqué à la formation à distance (FAD), ce constat rappelle que même dans un cours asynchrone et autoportant, il faut créer des occasions d'interaction.
Les théories de la distance transactionnelle de Moore et le modèle de la Communauté d’apprentissage en ligne (Community of Inquiry - CoI) de Garrison offrent des pistes concrètes pour réduire l'isolement en FAD. Moore explique que la distance transactionnelle varie selon le dialogue, la structure du cours et l'autonomie de l'apprenant. Dans mon travail en formation générale des adultes (FGA), je suis consciente que plusieurs étudiants et étudiantes ont besoin d'un dialogue plus soutenu et d'une structure flexible pour réussir, surtout ceux et celles qui ont eu des parcours plus difficiles (ils sont majoritaires). Il est important d'intégrer plus d'interactions, même dans des cours autoportants, par exemple (lorsque c'est possible!) en utilisant des forums (ou équivalents plus modernes!), des capsules vidéo personnalisées ou des rétroactions individualisées.
Le modèle CoI insiste aussi sur la présence sociale, cognitive et enseignante. En pratique, ça peut se faire avec des activités qui encouragent, notamment, le travail collaboratif et la réflexion. Dans mon quotidien professionnel, je cherche à intégrer des moments qui permettent aux personnes apprenantes de sortir de leur isolement devant l'écran pour appliquer leurs apprentissages dans leur réalité quotidienne.
Les limites sont réelles: tout le monde n'a pas le même accès à la technologie et certaines personnes préfèrent étudier seules. Toutefois, en gardant l'humain au centre de la conception des formations, on peut offrir un encadrement qui répond à divers besoins et qui favorise un apprentissage plus engageant et signifiant. Même à distance, on apprend mieux ensemble.
Références:
Garrison, D. R. (2016). E-Learning in the 21st century: A Community of Inquiry framework for research and practice (3e éd.). Routledge. https://doi.org/10.4324/9781315667263
Moore, M. G., & Marty, O. (2011). La théorie de la distance transactionnelle. HAL archives ouvertes. https://halshs.archives-ouvertes.fr/halshs-00777034
Waldinger, R., & Schulz, M. (2023). Qu'est-ce qu'une vie heureuse ? Les Éditions de l'Homme.
Je suis entièrement d'accord avec toi sur le fait que l'un des défis majeurs de l'enseignement à distance est de maintenir des relations et des interactions personnelles significatives. Cependant, je tiens à souligner que ce défi n'est pas exclusif à l'enseignement à distance. Il est également présent dans l'enseignement FGA en face-à-face, où les étudiants travaillent individuellement, ce qui peut limiter les interactions et le sentiment d'appartenance à un groupe.
ReplyDeleteComme le soulignent Crichton et Kinash (2013), il est essentiel de maintenir la motivation des apprenants en créant des innovations pédagogiques qui intègrent des éléments interactifs, collaboratifs et personnalisés. Cette observation est valable pour tous les modes d'enseignement, qu'il s'agisse de l'enseignement à distance ou en présentiel.
En tenant compte de ces aspects, dans le centre où je travaille en présentiel, nous avons expérimenté avec succès l'utilisation de matériel interactif adapté aux besoins de chaque étudiant, en privilégiant le travail collaboratif. Cette approche a donné des résultats positifs en termes d'engagement, de motivation et de réussite des étudiants. Je suis convaincue que cette stratégie pourrait être adaptée et mise en œuvre dans l'enseignement à distance, avec des effets similaires.
Références :
Crichton, S & Kinash, S. (2013). Enabling learning for learning for disabled students. Dans M. G. Moore (dir.), Handbook of Distance Education (14, p. 66-85). New York: Routledge. TEXTE INTÉGRAL – BIBLIOTHÈQUES UQAM https://uqam-bib.on.worldcat.org/oclc/827208924
Merci beaucoup pour ton commentaire réfléchi! Tu as tout à fait raison de souligner que l’enjeu des relations humaines dépasse largement le cadre de la FAD. Même en présentiel, dans plusieurs contextes en FGA, les interactions peuvent être limitées, surtout lorsqu’on travaille en individuel. Et effectivement, la motivation et le sentiment d’appartenance peuvent en souffrir. Je trouve très inspirante l'expérimentation dans votre centre avec du matériel interactif et adapté aux besoins individuels, tout en favorisant le travail collaboratif. Je serais vraiment curieuse d’en savoir plus. Merci encore pour ce partage!
DeleteComme enseignant, je trouve cela très difficile, de favoriser les relations entre les personnes. C'est chronophage. C'est peu efficace en termes de nouveaux apprentissages. Les gens ne sont plus habitués. Ils n'accordent pas de temps à ces moments-là, probablement parce qu'ils n'y accordent pas de valeur (perte de temps de discuter). C'est intéressant de voir comme les gens se sentent seuls et passent des heures sur Netflix ou les réseaux sociaux, mais ne veulent pas prendre le temps de se déplacer à l'UQAM pour des cours en présence ou discuter par Teams ou forum ou travailler en groupe avec les collègues étudiants. Cela signifie qu'il y a un blocage à trouver ! Est-ce que tu as une idée ?
ReplyDeleteMerci pour ton commentaire qui met en lumière une réalité que je peux observée même en n'étant pas directement sur le terrain. Tu soulèves un point très important : les relations ne se créent pas magiquement, et oui, c’est vrai, cela demande du temps. Mais comme tu le dis si bien, il y a un paradoxe intéressant : plusieurs personnes expriment un sentiment de solitude, tout en évitant les occasions de connexion. Je crois, comme toi, qu’il y a un blocage à comprendre. Est-ce une question de perception (par exemple, les interactions ne sont pas vues comme utiles ou valorisées)? Une question de fatigue ou d’anxiété sociale? Un sondage anonyme ou une discussion ouverte avec quelques (petits) groupes pourrait peut-être aider à nommer ce qui freine l’engagement relationnel. Et peut-être qu’il faut aussi créer des occasions d’échange qui soient perçues comme authentiques, utiles, mais sans pression. La problématique mérite d'être explorée!
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